Publié le 16/07/2026
Sur la presqu'île de Quiberon, une maison familiale bretonne perpétue depuis plus de soixante ans un savoir-faire né que rien ne prédestinait. Nous avons rencontré Vérène, maître artisan confiturière et codirigeante de La Cour d'Orgères, membre du Collège Culinaire de France depuis 2018.
Quand l'adversité révèle une vocation au sein d’une famille
Tout commence en 1973, quand les parents de Vérène s'installent dans une ferme près de Rennes pour élever des chèvres et fabriquer du fromage. Treize ans plus tard, l'été 1976 marque un tournant. Face à des conditions climatiques exceptionnelles qui fragilisent leur élevage, les chèvres ne donnent plus assez de lait, et la ferme doit se réinventer. La famille fait preuve d'une remarquable réactivité.
Elle commence à vendre sur les marchés les produits de son jardin et de son garde-manger, avant de développer une activité de fabrication de confitures.
Le succès est au rendez-vous, et l'activité confiture prend peu à peu le pas sur le fromage. Les marchés de Quiberon, Carnac et La Trinité-sur-Mer deviennent des rendez-vous fixes, jusqu'à ce que la famille choisisse, en 1986, de sédentariser son activité en ouvrant une première boutique à Saint-Pierre-Quiberon. Le fromage de chèvre est abandonné ; la confiture devient le cœur de leur savoir-faire.
Vérène et sa sœur reprennent progressivement l'entreprise familiale, d'abord en alternance dès 2001, puis pleinement à partir de 2006. Aujourd'hui, La Cour d'Orgères perpétue cette exigence artisanale : des confitures haut de gamme, élaborées avec des fruits qui ont du goût et du caractère.
Une rencontre qui change une trajectoire
C'est grâce à un producteur de saumon fumé, membre du Collège Culinaire de France, que Vérène découvre un jour le collectif. Une rencontre facilitée par un photographe ayant travaillé avec les deux maisons. Vérène franchit le pas et nous rejoint en septembre 2018.
« On ne fait pas de restaurant de qualité sans producteurs de qualité » : c'est autour de cette conviction que le Collège Culinaire de France s'est peu à peu élargi aux producteurs, puis aux épiciers, aux arts de la table, à toute la diversité de la gastronomie artisanale.
Pour Vérène, cette adhésion a rapidement pris tout son sens à l'occasion d'une Grande Rencontre Annuelle. C’est là qu'elle fait la connaissance des Épices Shira, avec qui elle échange longuement sur une baie parfumée qui l'intrigue : la baie d'andaliman. L'échantillon reste précieusement conservé dans son bureau pendant près de deux ans, en attendant le bon moment. En 2023, l'inspiration se concrétise : elle en fait une confiture éphémère à l’orange, citron vert maracuja et baies d’andaliman, saluée par un prix au salon Gourmet Sélection. Une rencontre, une graine plantée, une belle récompense : une histoire de coopération productive à l'image de ce que porte le Collège.
Un ancrage territorial fort
La Cour d'Orgères a pour voisins d'atelier d'autres maisons artisanes bretonnes, dont Maison Lucas et Maison d'Armorine. Ensemble, ces entreprises familiales se sont récemment regroupées sous le « Quai des Saveurs » afin d'organiser des visites d'ateliers communes et de mutualiser leur communication. Une dynamique de synergie et de coopération qui fait écho au Collège Culinaire de France, à l'échelle du territoire.
Vérène porte d'ailleurs cet engagement collectif au-delà de sa propre maison : elle préside aujourd'hui la Fédération des Artisans Confituriers de France, une association qui œuvre pour la reconnaissance du métier de confiturier et le partage des bonnes pratiques entre professionnels de qualité.
Le goût du collectif
Pour Vérène, le Collège Culinaire de France représente un partage de valeurs entre artisans passionnés, qui « se tirent vers le haut » et aiment leur métier au-delà de la seule logique commerciale. Un état d'esprit qu'elle retrouve jusque dans sa propre vision de la gastronomie : « J'aime cette ambiance de partage, la coopération, l'échange. Je n'ai pas envie de manger seule, ni de faire les choses seule. »
Une philosophie qui trouvera une caisse de résonnance lors de la prochaine Grande Rencontre Annuelle, le 5 octobre à la Cité des Sciences, où Vérène compte bien se rendre.
Partager, échanger, découvrir : la devise de Vérène résume, à elle seule, l'ambition du Collège Culinaire de France.